
C’est un parcours assez atypique, qui m’a mené, depuis un plaisir de chanter présent depuis l’enfance, vers une véritable passion pour la voix et l’enseignement du chant.
Comme beaucoup d’adolescents, m’accompagnant à la guitare, le chant était d’abord mon monde où je m’évade et me décharge de tous les mots que j’ai à dire. Cabrel, la chanson anglo-saxone, Brel, constituaient mon premier terrain de jeu.
Puis, un déclic, qui bouleversera ma trajectoire. Un récital de chants sacrés, le Maître de musique et la voix envoûtante de José Van Dam, je découvre le chant lyrique, et suis instantanément fasciné par l’incroyable richesse que peut développer la voix humaine, et la profonde émotion qu’elle provoque en moi. Je décide de m’inscrire à des cours de chant, qui très vite prennent le dessus sur tous mes centres d’intérêt. En plus de mes propres cours, mes temps libres je les passe, assis discrètement dans la classe de chant, à écouter les autres élèves et les conseils et exemples du professeur, forgeant mon oreille et ma technique. Le professeur, conscient de ma passion, me propose de me préparer pour l’examen d’entrée au Conservatoire Royal. J’y entre l’année suivante et j’y obtiendrai d’emblée un second prix dans la classe de chant opéra.
Et puis c’est là que mon parcours prend une trajectoire inattendue, qui sans doute forgera plus que tous les cours que j’ai eu, le futur professeur de chant que je suis aujourd’hui. Ma voix commence à ne plus fonctionner. Mes professeurs, impuissants, me sermonnent à tour de bras de ne pas me prendre la tête. C’est la descente aux enfers. Les médecins, les ORL, les examens, les logopèdes… Chacun y va de sa théorie. Mais personne n’a de solution. Renvoyé du Conservatoire à mon second concours, après m’avoir prédit la plus belle carrière, on me dit que je n’ai pas la voix pour faire ce métier. Et là je m’accroche, je me dis qu’ils ont tort. Je décide de ne plus écouter que ma sensibilité, d’abord pour faire le tri dans tout ça, comprendre, ressentir et tenter de reconstruire ma voix, loin des influences. Des centaines d’heures de travail d’écoute, de lecture, ressentant ce qui fonctionne et rejetant le reste. Et aussi, des clés essentielles d’un professeur de chant privé italien qui, le premier, m’a remis sur les bons rails.
Je retourne tenter l’examen d’entrée au Conservatoire en chant concert. Je suis pris et j’obtiens à nouveau un second prix au premier concours. Mais cette fois avec la conscience de n’y avoir reçu tout le long que des bribes d’enseignement bien loin des bases essentielles du beau chant. Et je quitte le Conservatoire, ressentant le besoin d’être dans un environnement à la hauteur de mes exigences. J’enrichis ma formation en assistant à de nombreux masterclass internationaux, durant plusieurs années, et je découvre et explore plus en profondeur l’enseignement perdu, détourné au fil des décennies, de la technique d’appogio italienne, qui résonne pour moi comme fondamentalement juste. Elle prône le naturel de la voix, enseigne des bases de respiration et de soutien à l’opposé de ce qui est universellement transmis aujourd’hui, et avait pourtant fait naître les plus belles voix du passé. Ses implications sur le développement de la voix sont sans comparaison.
Le fonctionnement de la voix est devenu pour moi une passion, autant que le chant. Et depuis, je n’ai eu de cesse d’explorer les possibilités de ma voix, développant ma voix de tête et la technique des contre-ténors, puis apprenant la technique des chanteurs de rock, me confrontant à de nouvelles difficultés, et grandissant dans ma conscience de la mécanique vocale, de ses contraintes, et aussi de ses infinies possibilités. J’ai plus de vingt ans d’expérience aujourd’hui dans l’enseignement du chant, et ce sont tous ces acquis que je mets au service de mes élèves pour les guider du mieux que je peux, dans les différents répertoires où ils souhaitent s’exprimer.